Il y presque deux ans, dans le cadre de mon cours cours de français 4 au Collège de Rosemont, nous devions réaliser deux exercices créatifs en nous servant d’oeuvres du poète chilien.
Premier exercice
« Lecture des poèmes de Neruda puis création d’une poésie unique fusionnant votre pensée et la sienne. »
Je devais choisir 16 vers dans l’amalgame de poèmes que la prof nous avait donné. Puis, je devais composer le mien avec ceux-ci en les agençant et en apportant quelques modifications si nécessaire.
Je mets à l’instant les nocturnes de Chopin… tout comme la prof l’avait fait pendant que nous travaillions sur ce projet en classe. Le comble de ce merveilleux moment : nous avions chacun une chandelle sur notre table (non, il n’y a pas eu d’incendie). C’était tellement doux, plaisant et beau! Je souligne que le Collège de Rosemont est fréquenté par des étudiants de provenances très multiculturelles… N’est-ce pas touchant comme image de voir des êtres humains s’unir dans leurs différences à l’intérieur d’un moment de paix aussi gracieux pendant qu’à plusieurs endroits sur la planète, on se tirait dessus à coup de bombes!
Presque ce que je ressens
Laisse-moi me balancer au gré de ton nom
Je suis affamé de tes lèvres, de ton corps, de toi
Sauf qu’aimer, c’est un dangereux combat d’émotions
C’est préférable que je t’aime entre l’ombre et l’âme
-
Nous sommes des symboles de la fausse bonté
Se saluant chaque jour en se levant
Notre hypocrisie transparente de larmes
Êtres horripilants d’une démesure heureuse
-
Je me lasse d’être un homme
Mais ne dérangez pas mon destin
Mon âme s’élève au milieu de ce silence
Car ma flamme altruiste est éternelle
-
Abattons les jérémiades et je m’offrirai à toi
Il m’arrive de ne pas t’aimer quand je t’aime
Car c’est ta beauté qui est à l’origine de ce jeu sanglant
Je t’en conjure ; viens adoucir mon coeur tourmenté
Un peu de masturbation intellectuelle maintenant… les commentaires que j’ai reçue de ma professeure et de la stagiaire concernant ce poème (je vous le rappelle, inspiré ma Neruda) :
« Belle poésie qui amalgame l’amour et le triste sort des hommes : deux sentiments grandioses dans la condition humaine. » — K.C.
« Bel agencement poétique qui mêle sensibilité et mélancolie. » — M.T.
Deuxième exercice
Création poétique fragmentaire qui répond aux questions de Neruda dans Le livre des questions, et dans le recueil La rose détachée et autres poèmes.
Q1 : Est-il plus triste chose au monde qu’un train arrêté sous la pluie?
R1 : Oui, une femme qui pleure, ou pire, un petit enfant?
Q2 : Qu’abrites-tu là sous ta bosse ? dit le chameau à la tortue.
R2 : Des années de vieillesse.
Q3 : La tortue a répondu : Et toi, que dis-tu aux oranges?
R3 : Juteuses, savoureuses et stimulantes.
Q4 : Pourquoi, se sentant jaunissantes, les feuilles se suicident-elles?
R4 : Parce qu’elles ne veulent pas voir les hommes en hiver.
Q5 : Combien de questions dans un chat?
R5 : C’est relatif. Je connais un chat très futé, mais son comparse est profondément idiot.
Q6 : Les larmes qu’on ne verse pas attendent-elles en petits lacs?
R6 : Non, elles sont plutôt sous forme de ressources naturelles inépuisables.
Q7 : Combien d’années compte Novembre?
R7 : C’est réciproque.
Q8 : Quel nom porte-t-il, ce cocktail qui mélange éclairs et vodka?
R8 : Certaiment la vie ; surtout celles des hommes.
Q9 : Pourquoi Jeudi ne se persuade de succéder à Vendredi?
R9 : La paie arriverait trop tard.
Q10 : Qu’à fait pour se retrouver livre la bicyclette abandonnée?
R10 : Elle n’appartient à personne. Elle a toujours été libre.
Q11 : En le brûlant à petit feu au napalm nord-américain?
R11 : Certainement pas ; probablement l’une des pires idées que l’on pourrait avoir.
Q12 : De quoi rit-elle, la pastèque au moment où on l’assassine?
R12 : Qu’il viendra aussi notre tour bien assez vite!
Q13 : Et pourquoi le fromage a-t-il pour ses exploits, choisi la France?
R13 : Parce qu’il ne connaissait pas encore le Québec.
Q14 : Puis-je demander à mon livre s’il est vrai que je l’ai écrit?
R14 : Oui, mais il y a des fortes chances qu’il vous réponde lorsque vous pourrez voler.
Q15 : Qui a jamais vu l’aloès?
R15 : Ceux qui ne sont pas malades. Les mêmes qui pensent avoir une vie difficile sans se rendre compte de leur chance incroyable par rapport à bien d’autres.
Q16 : Là-bas, son coeur assassiné recherche-t-il ses assassins?
R16 : Non, il pardonne. Il faut bien finir par pardonner et ça, les coeurs le savent plus que quiconque.
Q17 : Notre vie n’est-elle un tunnel entre deux clartés imprécises?
R17 : Véridique pour la plupart, certes, mais pas pour tout le monde.
Q18 : Ne vois-tu pas que le pommier fleuri pour mourir dans le pomme?
R18 : N’est-ce pas là une bien belle façon de le faire.
Q19 : Ne pleures-tu, parmi les rires, près des bouteilles de l’oubli?
R19 : À tous les jours, cette nostalgie traitresse m’arrive et j’espère seulement qu’une personne viendra me guérir.
Q20 : Pourquoi tout ce long bout de route, et grandir pour nous séparer?
R20 : Premièrement, l’être est unique. Deuxièmement, il est éternel. Nous ne nous séparons jamais en quelque sorte.
Et pourquoi pas, encore de la m. i. :
« Quel joli humour Alexis et quelle belle sensibilité. » — M. T.
« Merci pour cette lecture agréable, Alexis. Je profite de ce mot pour te féliciter pour les efforts soutenus dont tu as fait preuve lors de ta dissertation de reprise. J’ai éprouvé de la fierté à ton égard. N’oublie jamais que c’est armé d’efforts et de persévérance que l’on gravite les échelons : une autre constatation reliée à la condition humaine. Bon succès et bon été. » — K. C.
C’était un moment délicieux et j’éprouve beaucoup de nostalgie en y repensant!